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  • Photo du rédacteurThierry Vimal

MON CHER AMI

Les vignettes des chroniques

s’obscurcissent.

Les lecteurs s’épuisent.

Rebroussent chemin,

peut-être,

avant que d’atteindre

les bords mystérieux du monde occidental.


L’on me l’écrit,

même.

Je réponds qu'on n'a point le temps

ici

de définir les contours

d’une politique éditoriale

bien ciblée.

À peine peut-on, parfois,

lui insuffler quelque direction.

C'est qu'on a aussi

tout un procès à suivre.


Pour ceux qui restent,

poursuivons

par quelques passes

entre Styx et Achéron.

Tartare, plaine des Asphodèles et samsara

– plusieurs spectres,

encore,

à venir.


Ma mère a peur

que je ne me fasse tuer

par les mafias tunisiennes

qui tiennent la ville.

Exagération, ma mère !

En ce qui me concerne,

en termes de molestation,

je me méfie davantage

des gentils.


Pour t’apaiser, mère

et réduire ce soir

l’état de la menace

que tu imagines sur ma tête,

nous nous en prendrons aujourd’hui

violemment

à un petit homme faible

et sans défense,

le bien nommé

« mon cher ami ».


Celui-là,

presque,

aurait pu être marrant.

Mais il est spectral.

Il sera traité un sur mode

no comment.


Petit, maigre,

Droopyeux

il annonce

à une salle médusée

qu’il est âgé de

80 ans !

Il nous faudra bien

deux ou trois heures d’accoutumance

à son étrange visage

pour démasquer les reflets

des travaux de lifting

au final

pas si bien exécutés.


Ils se sont connus

à la muscu.

Lui l’appelait Momo.

Et Momo l’appelait

mon cher ami.


« Peut-on dire que vous étiez une sorte

de figure paternelle ?

– Oh oui on peut ! »


« Un jour Momo me dit cette chose :

Mon cher ami

voyons-nous dehors

je dois t’annoncer quelque chose

de terrible. »

La chose : Momo compte changer

de salle de sport.

« Oh putain tu m’as fait peur ! »

s’exclame mon cher ami.


Jamais vraiment

dans ce qui va suivre

à la barre

mon cher ami

n’eut vraiment de peur

ni d'interrogations

au sujet de tout ce qui le surprit.


«

Momo était si timide.

Si réservé.

Je lui disais :

tu as la même voix que le Parrain,

petite, un peu cassée,

et ça lui faisait plaisir.

»


«

Un dragueur lourd,

ça oui.

Les femmes c’est oui ou non,

mon cher ami,

me disait-il.

C'est comme ça, de nos jours.

Je ne perds pas mon temps.

Mais il n’était pas impulsif.

»


«

Pas impulsif,

sauf certes, pour cette histoire

de camion mal garé.

Ça m’a étonné, vous pensez !

Je lui ai dit : mais enfin, Momo !

On ne frappe pas les gens

avec des planches à clous !

Deux malabars étaient venus sur lui,

raconta-t-il, alors il avait

pris une planche

et puis

tapé.

»


«

Quand je pointais l’incohérence

de ses propos

il invoquait

la nourriture que son père lui donnait

enfant.

»


«

Il était froid, distant.

Une fois il m’appelle.

Allo mon cher ami ?

Allons voir la tempête !

Magnifique au début.

Et puis,

galets en l’air,

danger,

dégâts.

Et là,

il s’est mis à sauter de joie,

comme un fou.

J'étais stupéfait !

Je ne l’avais jamais vu comme ça.

Je n’ai rien compris.

»


«

Je l’invitais à toutes mes fêtes,

les gens l’aimaient bien,

il avait juste pour consigne :

ne pas draguer.

»


Mon cher ami

connaissait l’épouse

de Momo.

Tous deux s'en étaient ouverts à lui,

du fameux pipi

du célèbre caca.

« Mais qu’est-ce qui t’a pris, Momo ?

– j’ai fait ça pour l’emmerder. »


« Je ne tenais pas

à ce qu’il me présente des gens :

j’ai toujours été méfiant dans mes relations. »


«

A la salsa

Momo se disait Juif

ou Brésilien.

Il avait honte d’être Tunisien.

Il détestait être arabe.

Il détestait les Arabes.

Avec eux, disait-il,

il y a toujours des problèmes.

»


Le Président Raviot questionne :


« Êtes-vous homosexuel ?

– Oui.

– Avez-vous eu des relations sexuelles avec lui ?

– Il adorait les femmes, sans aucun doute.

– Avez-vous eu des relations sexuelles avec lui ? »


Un jour Momo montra

à mon cher ami

des verrues intimes.

Alors, mon cher ami

a-senti-que.

« Je connais les mecs, quoi.

je sais voir leur désir. »

Momo bandait, en gros.

Pas seulement pour qu'on voie mieux les verrues.

Pardon, nous avions dit : No comment.

« Et je l’ai dragué, et ça a marché.

Peut-être que

comme j’étais gentil,

il s’est laissé faire.

– Vous avez dit le contraire

dans vos dépositions de 2016 !

– J’étais si mal dans ma tête,

que mon ami ait pu faire cela.

J’ai dit la vérité,

quatre ans plus tard,

dans Paris Match. »


S’il ne l’a pas dit à la Justice

c’est qu’il n’a été entendu que trois fois

mon cher ami.

À l’été 2016

puis plus jamais.


Mon cher ami

compte sur ses doigts :

un, deux, trois... quatre !

Quatre années

ils furent amants.

Puis stop.

Il ne désirait plus son Momo.

Il est comme ça, mon cher ami :

au bout d'un moment

il se lasse.


«

Momo avait

un joli sourire

mais quand il ne souriait pas,

ses yeux c’étaient

une kalachnikov.

Très méchants.

Momo, lui disais-je,

quand tu parles aux gens,

souris !

Sinon ton regard est

désastreux.

– On me l’a déjà dit, mais je peux pas sourire tout le temps.

»


«

Momo n’était pas intéressé,

financièrement.

Je lui ai payé des meubles de chambre

d’occasion,

sans qu’il me demande.

Plus tard, un petit salon,

car il n’avait rien chez lui.

Vous pensez s’il était content !

Puis je lui ai fait don

de ma Citroën C1.

– Quasi neuve, c’est ça ? interroge la Cour.

12 000 kilomètres ?

Avec changement de carte grise ?

– Oui. C’est qu’un jour

il a vu ma voiture,

il l’a adorée.

Il m’a dit qu’il économiserait

pour s’acheter la même.

»


Peu après

Mon cher ami flashe

sur une Audi A1.

Il la commande,

donne la C1

de bon cœur

à son Momo

avec qui il ne couche plus.


« C’est un très beau cadeau !

s'ébahit Raviot.

L’argent est mon esclave, pas le contraire !

réponds mon cher ami,

spirituel.

Je l’ai gagné, je le dépense !

Je lui ai aussi offert

son permis poids lourd.

Il me disait

Ah ! mon cher ami,

si j’avais ce permis

comme je gagnerais bien ma vie !

Je vais t’aider, Momo !

»

1500, 2000 euros

il ne sait plus combien.


«

A la fin

il n’était plus le Momo que j'ai connu.

Que t’arrive-t-il ?

Je te taquine, et

tu ne réponds plus !

Il baissait la tête,

ne me regardait plus dans les yeux.

Il est venu chez moi,

je l’ai photographié

sur ma terrasse :

il était moins musclé.

»


«

Un jour il m’a demandé

si l’on pouvait

louer un camion avec des espèces.

Mais non Momo, il faut une carte, pour sûr.

Mais dis-moi, c‘est pour quoi faire ?

– Pour déménager un ami.

– Arrête d’être si gentil avec tes amis,

Momo !

Ils te manipulent !

Ton ami, qu’il se débrouille !

»


Nous sommes fin juin 2016.

Bientôt,

les vacances d'été.


«

Vous saviez qu’il regardait des vidéos

avec des accidents ?

– Oui.

– Ça ne vous a pas étonné ?

– Non. C’est banal chez les jeunes.

– Alcool, cannabis, médoc, cocaïne ?

– Jamais.

– Islam ?

– Jamais. Il disait que sa religion, à lui,

c’étaient les femmes.

Il préférait niquer

que faire la guerre,

m’avait-il dit.

»


«

D’autres choses bizarres ?

– Un dimanche matin, il m’appelle :

mon cher ami, allons dans une église !

Je l’ai amené.

Je lui ai montré l’eau bénite

Il m’a demandé comment faire.

Je lui ai montré.

Il m’a demandé quoi dire.

Dis ce que tu veux.

Ça,

oui,

j’avais trouvé un peu bizarre.

»


«

Discours politique ? Syrie, Palestine ?

– Jamais. Sauf ce samedi où je lui a apporté

le rôti

– vu qu’il mangeait mal

et que je cuisine bien.

Pas un mot gentil,

pas un remerciement.

– Je regarde les infos sur la Syrie !

me lance-t-il.

Nous regardons ensemble.

– Ça t’intéresse, Momo ?

– Non, je regarde juste les infos. Mais...

Mon cher ami,

veux-tu voir

en Syrie

comment l'on traite les gens ?

– Oui.

Et il me montre

sur son ordinateur

des décapitations en série.

J’ai repoussé l’écran :

j’ai trop peur de ces choses-là.

– Mais Momo,

comment peux-tu regarder ça ?

– Je suis habitué, répond-il,

mais sur un ton d’excuses.

Pourtant un jour

il m’avait écrit

Je suis Charlie.


«

A-t-il pu être influencé ?

– Il était influençable.

– Un souvenir précis ?

– Pas sa famille. Plutôt des gens, après.

Ceux qui ont vu sa faiblesse.

C’est la Boulelle qui a fait ça ?

me consternais-je.

Si j’avais compris,

j’aurais su l’en empêcher !

Mais il le savait,

et c’est pourquoi il ne m’a rien dit.

On l’a influencé !

C’est pas possible !

»


«

Vous dites avoir repoussé les vidéos,

pourtant,

il vous en a aussi envoyé une,

d'égorgements et d’empalement,

et vous avez encore essayé de la regarder,

déclarez-vous à la police en août 2016.

– Mais je n’ai à nouveau pas réussi.

– Vous avez déclaré :

je l’aime comme un fils,

vous n’avez pas essayé de parler avec lui

de cette morbide passion ?

– Eh bien non.

»


« Pourquoi, lorsque vous décidez de révéler

votre relation homosexuelle

choisissez-vous Paris Match

plutôt que les enquêteurs ? »


Mon cher ami a tenu un sauna

travaillé dans la pornographie

– qui, par définition,

donne à voir

sans préoccupation artistique

ce qui est supposé

être tenu caché.

Ceci explique peut-être cela.

La Mondaine était à deux doigts

de témoigner à la barre.

Et pourquoi pas ?

tant que nous y sommes !


« Vous a-t-il joué la comédie ?

Non. »


« Il a fait ça pour qu’on parle de lui. »


« Monsieur !

Je suis l'avocat

discret

d'un des accusés.

Vous avez été :

l'ami

l’amant

le proche

le confident

le père de substitut

le bienfaiteur matériel

de l’auteur des faits.

Vous lui avez payé le permis poids lourd,

offert la voiture

qu'il vendit pour financer

la location du camion.

Il vous a montré des vidéos

dé décapitation

et vous saviez qu’il avait uriné

déféqué sur sa femme.

Monsieur,

avez-vous été placé en garde à vue ?

– Non.

– Je n'ai pas d’autre question. »



Mode no comment

mais un commentaire,

tout de même.

(Pas d'éditeur :

on en profite !)


Stop aux raccourcis.

Brigitte Lahaye

Jean Genêt

ont trempé dans bien des choses

mais pas des meurtres de masse.

Combien de vous,

un jour à l’oreille

m’ont avoué

que parfois dans leur intimité

ils avaient fait pire

que ce que je venais

de leur confesser ?


Désormais

les spectres

de l’avant 14 juillet 2016

se succèdent à la barre

et nous voyons comme ils se sont

alignés dans le néant cosmique

comme autant de maillons humains

défaillants et bêtes

pour enfanter le pire.


De défaillance,

chaque survivant

revendiqua sa part.

Nous vîmes que les responsables

ne les suivraient pas.

Qu’attendrions-nous donc

des directement impliqués ?



Je vous l’avais dit,

que les témoignages de victimes

ravagées

ces déchirements

ces hurlements de douleur

– promis j’en ai encore de côté –

seraient dans ce procès

le moment de la plus grande douceur

le temps de l’Amour !


Cette chronique n’est pas dédiée

à Nadine Devillers

Vincent Loquès

Simone Barreto Silva

victimes

de l’attentat du 29 octobre 2020

à la Basilique Notre-Dame de Nice,

ni à leurs familles.

Ils méritent

de bien plus doux champs énergétiques.

Sur eux,

notre amour

et le Salut et la Paix.


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