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  • Photo du rédacteurThierry Vimal

DIPTYQUE DE FLICS

Dernière mise à jour : 27 nov. 2022


Diptyque de flics

Diptyque d’hommes.

(Ou même triptyque ?

– le portrait du milieu :

tout noir.)

L’homme du panneau gauche

est venu avant.

Il a huit ans de maturité.

Celui de droite

est arrivé après.

Il a 247 ans

d’expérience policière.


Flic de droite.

Près du poids lourd

arrêté sur des corps

stoppé

comme sur une voie de détresse.


Avancer vers les portes

de la remorque.

Elles vont s’ouvrir

et ILS vont sortir.

ILS ?

Les gars du commando

avec leurs fusils d’assaut.


Patrouille Falco 2,

police Municipale

L’agent D.

est un ancien para.

Il vient d’arriver,

stagiaire,

c’est son quatrième jour de service.

(en 2022, il est titulaire.)


Un peu plus tôt

son supérieur

à la barre

parlait de corps

transportés par leurs soins

en voiture vers Lenval

l'hôpital.

Peur peur peur

que ce soit lui

le policier D.

qui ait transporté

la Señorita Amie.

Putain de putain

ça va être lui

j’en suis sûr.


Au pied du camion

dont ILS ne sont jamais sortis

l’agent D. maîtrise un homme.

Au sol.

En plus de tireur d’élite dans l’armée

il est moniteur de techniques

d’autodéfense.

C’est qu’on ne rigole pas

avec le recrutement,

à la Police Municipale.


L’agent D. ignore tout

de ce qui se passe.

Mais il a envie de vomir.

Il pleure à la barre

nous racontant

le sang sur ses vêtements.


Il décrit son avancée

sur la Prom

d’est en ouest.

Et putain

il va arriver aux Jardins du Capitole

raconter comment il a chargé

une gamine U.A.

avec une seule chaussure

et sa mère

avec zéro.

Parfois il doit user de la force

pour faire reculer les gens.


Dans sa poche

soudain sonne

un téléphone.

Celui du gars

tout à l’heure

maîtrisé au sol.

Les collègues ont procédé

à la palpation de sécurité

lui ont remis

les objets trouvés sur le suspect :

un petit couteau

ce téléphone.

Il décroche : une dame est inquiète.

Il la rassure.


Son récit

sa progression

ont dépassé

la zone Señorita.

Peut-être déjà évacuée ?

En tout cas

ce n’est pas lui

qui s’en est chargé.

Ouf.

Merde.


Au petit matin,

chez l’agent D. :

BFM et whisky.

L’uniforme ensanglanté :

à la poubelle.

On m’en a refusé un nouveau.

Non, vraiment,

on ne plaisante pas,

à la Police Municipale.

On veut du personnel

impliqué

appliqué.


Jamais il n’est monté en grade,

l’agent D.

Pas le moindre échelon.

Certains collègues

présents ou pas

ont eu la médaille de la ville.

Il a juste eu…

l’on ne sait plus quoi,

avec, à son nom,

une faute d’orthographe.


En 2019 il ne peut plus dormir

sans alcool.

Le psy qu’il voit

l’aiguille

sur un autre psy.

Traîtrise.

Lâcheté.

De psy : plus jamais.

Alcoolisme.

Divorce.

« Je comprends mon épouse.

Qui peut rester avec un homme

qui s’isole

et qui boit ? »

C’est pourquoi mes chères

– soit dit au passage –

je ne peux décemment

présenter mon cœur

comme à prendre.


Aujourd’hui il va mieux,

notre agent D. :

le sport.

Le contact avec nature.


La Cour d’Assises demande :

« C’était plus dur que chez les para ?

– C’était plus dur que tout. »



Notre second agent

est national.

Sa tête est rouge rosée.


Il a entendu Momo Sale-man :

convocation au commissariat

20 juin 2016.

Le drôle ne s’était pas présenté

à celle du 4 mai :

vacances.

Mais le 20 juin,

il est bien là.


Motif de la convocation :

Madame Bouhlel

a dénoncé des violences

quasi quotidiennes.

Dernière en date :

son mari l’arrosa de vin

lui pissa dessus

exigea le divorce

déféqua par-terre dans la chambre.


Ce n’est pas cette fois-là

qu’il tenta de l’avorter avec le bâton

ou qu’il poignarda

le nounours de son enfant.

Ces faits-là

étaient connus

depuis bien plus longtemps.


« Pourquoi vous ne le placez pas

en garde à vue ? »

demande le président Raviot.

Haussement d’épaules.

S’il fallait dessiner le mot

penaud

il faudrait reproduire

cette tête de policier.


Ses bras sont croisés

si fort sur son ventre

qu’il serait plus exact de dire

qu’il s’en est fait une camisole.


Sa bouche forme

un parfait demi-cercle

plus géométrique

que celle de l’émoticon

le plus déconfit.


Aujourd’hui on met systématiquement

en garde à vue

pour les violences conjugales.

À l’époque non.

C’était le bon temps.


« Pourquoi vous ne le placez pas en garde à vue ?

– reprend le grand Président –

alors qu’on a déjà des signalements

depuis 2011,

et une procédure depuis mars 2016

pour violences sur la voie publique ? »

(Agression à la planche cloutée

pour histoire de stationnement –

notre Momo peut-être

admirait

Negan de The Walking Dead

et sa chère Lucille.)

Haussement d’épaules.


« Pourquoi seulement 22 minutes

d’audition ? »


Il a huit ans d’âge mental,

l’agent C.

On l'a pris

les doigts

dans le pot à confiture.

Il veut juste

la permission

de retourner jouer avec les autres.


« Pour moi, tonne Raviot,

c’est une audition bâclée ! Pourquoi ?

– Je n’ai aucune réponse à vous donner.

– Savez-vous que lors d’une garde à vue,

on fait subir un examen médical ? »

Acquiescement.

« Et là, peut-être, explique Raviot

un instant pédagogue,

le médecin peut détecter un problème

psychiatrique.

Y avez-vous pensé ?

– Je n’ai pas d’explication à vous donner. »

« Vous avez mis son épouse en danger », dit Raviot.

Et l’on aurait pu éviter l’attentat.


« Vous lui avez montré les photos des excréments ?

– Oui.

– Et alors ?

– Il a dit qu’il ne s’en souvenait pas

mais qu’il reconnaissait le carrelage. »


L’agent C. conclut

dans son rapport

qu’il faut procéder

à une confrontation.

La parole de la femme

contre celle du mari.


Heureusement qu’il existe,

ce rapport,

car notre agent C.

ne se souvient plus du tout

de cette audition !

Pas le moindre souvenir.

Il n’a donc pas le moindre élément

à apporter au débat

concernant la personnalité

de Sale-man Bouhlel Lahouaiej Mohamed.


Mais ce qui est certain,

assure-t-il,

c’est qu’il n’a eu aucun soupçon particulier.

Sinon

pensez-bien

qu’en deux deux

il nous l’aurait balancé

en garde à vue

le Momo.


« C’est un RATÉ, vous comprenez ?

tonne à nouveau

Raviot.

– Oui. »

La bouche tremble

Les yeux vont pleurer.


« Était-ce banal

ce genre de choses

à cette époque,

à Nice,

uriner sur sa femme,

déféquer par terre

dans la chambre ?

– Je ne sais pas.

– Combien d’autres fois dans votre carrière ?

– Jamais.

– Pas d’autre question, Monsieur le Président. »


« Pourquoi n’est-ce pas votre collègue

en charge de ce dossier

qui l’a entendu ?

– On m’a demandé de l’entendre moi-même.

– Vous avez lu le dossier avant ?

– Je n’ai pas eu le temps. »


« Avez-vous fait l’objet

d’une procédure disciplinaire ?

– Oui.

– Pourquoi ? »

Ça le gêne de répondre.

C’est personnel.

« Répondez !

– J’ai déchiré un PV. »

Deux semaines de mise à pied,

dont une avec sursis.


"Êtes-vous à la retraite Monsieur ?

– Bientôt.

– C'est une excellente chose."


« Votre hiérarchie est-elle déjà venue

vous parler du 14 juillet 2016 ?

– Non. »


Je vais vous dire.

L’agent C. a toisé

Momo.

Sa femme.

Leurs histoires.

Qu’en a-t-il à foutre

qu’un gars pisse

chie

sur sa femme ?

C’est gentillet.

Lui

il arrête de dangereux bandits,

il n'est pas infirmière

pour thérapies de couple.


Ha ha ha, rigola-t-il sans doute,

avec ses collègues

Momo parti.

Le gars pisse et chie sur sa femme.

On aura tout vu !

Ils la réparent quand,

cette machine à café ?


Dernier détail :

pour son audition

devant la Cour d’Assises,

par respect pour les victimes,

les familles,

la dignité de son Institution,

l’agent C. avait choisi,

pour vêtement,

un maillot de football bleu vif.


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