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  • Photo du rédacteurThierry Vimal

QUI BAISE QUI ? [2/2]


Garde à vue.

Il ne nous est pas décrit

– et c’est regrettable

ça nous aurait fait rire un peu –

la tête de Ramzi

quand dans son cerveau s’alignent

Bouhlel le coké acheteur d’arme

le carnage de l’avant-veille

et lui.


En tout cas,

en une fraction de seconde

il comprend que jamais dans sa vie

il n’a été autant

dans la merde.

Nous savons qu’il

hyper-stressa

pleura

vomit.

On dut le conduire à l’hôpital

dont il revint

lexomilé.


« Mon frère fait une erreur

de débutant !

On ne vend pas d’arme

à un inconnu !

J’ai surnommé cette affaire

la plus mauvaise transaction du siècle. »


L’on parade, encore,

en pleine audience

on confirme qu’on voit tout cela

sous l’angle du business.

Les 86 morts

sont

un passif énorme

entraînant des difficultés

juridiques et commerciales.

J’ai surnommé le témoignage du frère

la plus mauvaise défense du siècle.


Fouilles,

perquisitions

(appartements

caves

commerces de la rue Marceau) :

185 grammes de cocaïne

de chez Giovanni,

250 cartes d’assurance vierges

11 téléphones

une trentaine de cartes SIM

une console de jeu

un poster tuto sur la prière

630 euros

des feuilles avec

des noms et des chiffres

(un début de compta

pour le salon de coiffure)

du cannabis dans le coffre-fort

de l’épicerie

(consommation personnelle)

un 7.65

des munitions,

cartouches…

("Pardon mais les armes circulent,

ouais,

et circuleront toujours")

une enveloppe de 1500 euros

une autre de 1000

(le RSA de sa mère.

Pourquoi l’a-t-elle changé en cash ?

Ah mon dieu mais pardon

votre question me choque beaucoup

M. le Président.

Elle attaque ma dignité de bon fils.

Mais de quel droit enfin,

de quel droit

demanderais-je à ma mère

de me rendre des comptes

sur ce qu’elle fait de son argent ?)

un sac Ice-o-lator

pour fabriquer du shit.


En prison

QER

(Quartier d’évaluation de la radicalisation)

Ramzi-le-Cash

est malheureux.

Il souffre d’être seul

et pris pour un terroriste.

« C’est l’école du djihad,

ça ne parle que de religion. »

S’il était fou

il pourrait tomber dedans.

Au QER

Ramzi n’est pas diagnostiqué

radicalisé.

Que non.

Le bilan le dit même

très éloigné

de la pratique religieuse.


Pourtant

plus tard

en détention ordinaire

quand on le sait impliqué dans l’attentat,

on lui casse toute sa cellule,

on lui écrase la tête à coups de poing.

Ses propres confrères gangsters

ses semblables

les siens

le prennent pour un terroriste !

Comme c’est lourd à porter.

Il doit se battre

pour accéder aux activités

à la cantine

les bagarres sont courantes

– il ne supporte pas les approches

pour radicalisation.

Il n’aime pas qu’on le prenne

pour un chien perdu

manipulable.

Rien ne met plus en rogne

Ramzy-le-Cash.

« Un gars s’est fait tabasser

sur ordre d’un caïd

on raconte que vous étiez

dans le groupe…

– On dit tant de choses sur moi

– l’ADN prouve qu’on vous a

a envoyé le tabasser !

– PERSONNE !

Personne ne

m’envoie faire quelque chose

Madame la présidente ! »

Piqué dans ce qu’il prend

pour de l’honneur

et qui n’est rien d’autre

que défaillance narcissique

de voyou frustré.

(Au moins nous donne-t-il

les clés

pour le faire sortir de ses gonds.)


Son nom est sali.

Il sait pourquoi il est là.

Il assume.

Il a beaucoup réfléchi.

Il a compris.

Il était

un petit con égoïste.

Il doit s’instruire.

Il lit ses premiers livres.

Grâce à la détention

il évolue.


"Et vous avez lu quoi en détention ?

tente-t-on de le coincer.

– Agatha Christie, Marie-Higgins Clark."

Même pas 19 tonnes.


"Est-ce que votre parcours de délinquance

fait que vous vous sentez illégitime

pour la religion ?

tente-t-on

plus perfidement encore

de le coincer.

Non, je suis plus près d’un athée que d’un religieux."


Désormais,

à la barre,

(celle du box)

l’heure est au repentir.


Il s’est ouvert

grâce à un psy

grâce aux activités

écriture poème dessin

rencontre de rappeurs

d’auteurs et de scénaristes.

Il voit plus grand.


Fumer

conduire sans permis

tout ça

c’est terminé.

« J’étais un petit con égoïste

et je vais me rééduquer ».

Il ne sera plus attiré

par l’argent facile.

C’est-à-dire que ces années d’incarcération

six pour l’attentat

ces tabassages

ce danger permanent

ces mains dans la merde

ces mises en danger de sa propre famille

Ramzi appelle cela

de l’argent facile.


Avec son éducateur

Ramzi a créé des CV.

Sens absolu du commerce

pouvoir de persuasion

caractère déterminé

garde son sang froid

ateliers calligraphie

suivi du cour de l’or

lecture

techniques de braquage.


« Je préfèrerais

être sous un pont

que dans ce box. »


« Il est plus honorable

de réussir sans gruger. »


« Je préfère être condamné lourd

pour trafic d’armes

que condamné moins

pour cause de terrorisme ».


Ramzi a envie de cultiver

du chanvre légal

d'entreprendre

dans la distribution de WC

de nouvelle génération.


S’il dit vrai

s'il le fait

il sera bon.

Et si j’investissais

dans son projet

mes indemnités du Fonds de garantie ?

Ça ce serait du symbole !

Ouverture

Résilience

Espoir

Miséricorde.


Mais.

J’ai acheté tant de drogue

je sais comme les dealers

sont les pires des crevures

dernière race animale

avant les blattes.

Dès que je tournerai le dos

il me foutra un coup de bâton.


Ou pas ?


À la barre

successivement

nous n’avons pas cru :

le menteur

l’amnésique

devons-nous croire

le repenti ?


Nous aimerions que nos morts

rendent gentil

au moins un méchant.

Ça nous ferait du bien au moral

à tous.

Comme si ça les surclassait

au paradis.

Ridicule :

ils sont déjà en première classe,

tous les occupants du paradis

sont en première classe.


Ramzi-le-Repenti, as-tu la force

de charger cette mission

sur tes épaules

tout en sachant que jamais

tu n’en seras gratifié ?

– sinon dans les cieux

auxquels tu ne crois guère

et dans le cœur de quelques rares

et dans ceux de nos morts.

Ô AREFA !

As-tu le courage

de devenir

un homme heureux ?

Figure-toi que moi,

pour moi,

j’y crois encore

alors

tu devrais pouvoir.


« Monsieur Arefa,

dans l’hypothèse que M. Bouhlel

n’ait pas été en plein délire

psychotique

mais qu’il ait voulu

sciemment

vous piéger,

vous faire tomber avec lui,

auriez-vous une idée de

ses raisons ?

– Non.

Peut-être...

il se venge...

car j’ai essayé de l’escroquer

et que je lui parlais durement

avec beaucoup de mépris

comme à tous les drogués ?

Je lui montre qu’il m’agace,

quoi. »


Ramzi le Cash ne connaissait pas le nom

de Ghraieb Mohamed Oualid.

Toutefois

il le reconnut sur photo :

« le genre de blédard

à qui j’ai vendu deux ou trois fois

de la cocaïne

et qui va de PMU en PMU

et de bière en bière. »

Mépris total

pour qui n’achète

qu’une seule Mercedes

et fait des boulots de larbin.


Ramzi suinte

le mépris social

le racisme de classe.

Il respecte le Président

dédaigne les caves que nous sommes

vous et moi.

En termes de sociologie

ses vêtements

sont plus chers

que les miens.

Sans doute encore plus bas :

les flics

et vraiment tout en bas

les toxicos

(sans compter

peut-être

les Albanais

mais ça

il n'aurait pas intérêt

à le faire savoir.)



Bouhlel l’appelle sur sa ligne-pour-tox ?

Lui, les tox, s’il est occupé,

il ne leur répond pas !

Ils peuvent attendre.


« Un client de coke

faut jamais lui parler gentiment

en ami

faut prendre le dessus sur lui

tout de suite

tout le temps

lui parler durement

c’est des camés

on apprend ça

dès qu’on se met à vendre

de la cocaïne. »


Bouhlel

il lui parlait comme ça

comme à un toxico.

(Le même mépris

peut-être

qu'une star du football

volant vers le Qatar

en première classe

à l’égard de son fan

nourricier

assis dans un TGV.)


Les tox

sont leurs esclaves.

Ils les tiennent.

Les plus accros

sont les plus dominés :

on les oblige à faire des choses

cacher des trucs

tester des produits nouveaux

plus ou moins certains.


Allez voir une vidéo

sur ce qu’est un fumeur de crack.

Son état de souffrance

sa misère extrême

son enfonçant remords

son indignité résignée

sa détresse absolue.

Ça pourrait être votre fille.

Si si.

Voilà la benzine

qui fait rouler les voitures

de luxe

de nos amis.


Le mépris quand il parle d’eux

en audience

est tout à fait

entier.

La moindre trace

de rédemption

commencerait par un sentiment

de respect

de regret

à l’égard de ceux

dont il a exploité la misère.


Il n’y a pas

de repentir.

Pas une once.

Ramzi-le-Cash a de sincères regrets

mais seulement pour lui

et son coquin de sort.

Pour ceux à qui il a fait du mal

ça lui passe

à dix mille au-dessus de la tête.

Les victimes du 14 juillet

à vingt mille.

Incapacité totale

à la compassion.


Tant qu’ils pourront

ses frères continueront

à exploiter humilier autrui

et ça fera encore

beaucoup d’histoires.


En faisant plonger Ramzi,

Bouhlel aurait-il fait

quelque chose de chouette ?

Quand elle sut qu’il avait photographié

tous ses amis devant le camion

avant l’attentat,

Petite-sœur s’est mise à le surnommer

Mohamed Bien-ouèj Bouhlel.


Suis-je en train de verser

dans une sorte de

syndrome de Stockholm

envers celui dont

à vie

je suis l’otage ?


Chez M. Arefa

il n'y a qu'une seule chose

d'extrêmement belle

grande

brillante

resplendissante

d'engagement

d’intelligence

et d'aplomb

mais

je ne vais pas la nommer

– ça me ferait passer

pour une sorte

de PPDA.


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