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  • Photo du rédacteurThierry Vimal

CHRONIQUE POUR ADULTES

Dernière mise à jour : 25 nov. 2022

D’où vient-il ce besoin

pathétique ?

pathologique ?

histrion

hystérique

dans cette chronique

de prendre ces risques

de relever les défis

les plus déplacés ?

Masculine manie

de la performance.


Peut-être aussi

que chaque chronique

doit être à tout prix

plus funambule

casse-gueule

que la précédente ?

Frôler la malséance

le cabotinage

le ratage

le mauvais goût

l’outrage.

Sinon

c’est comme si

la Señorita

ne le valait pas.

Casquette de traviole

pouce et index tendus

YO

yes daddy

vas y,

go,

putain

Just do it !


Trêve de pathos à bon dos

de fanfaronnades

d’excuses de bois

juste osons-le dire

et qu’on nous pende

si l’on se plante :


Cette chronique parle de sexe.


Elle est dédiée

à celles et ceux que le terrorisme

a touchés

dans leur corps

érotique

amoureux.

Veufs et veuves

ados vieillis

endeuillés d’amour

déchus du contact

morts à la relation

esclaves de visions

terrifiantes.

Celles et ceux dont on tua

en même temps que les proches

le dedans

l’intime

la joie d’aimer

le cœur du corps

le corps du soi

et de l’autre

celles et ceux

déficients désormais

du goût

du toucher de la vue

de l’ouïe et de l’odorat

– et de tout ce qui est

sollicité

quand il s’agit

de tenir autrui

nu contre soi.


Notre sauvageonne Leda

n’a plus cœur à la chose

depuis son arrestation

par des snipers

et son incarcération

injuste.

Nous fûmes les seuls

elle et moi

à parler à la barre

de nos vies sexuelles.

(Je n’eus pas à mentionner

proxénétisme aggravé.)

D’autres éros furent abordés

par la justice,

surtout celui

du Momo qui nous rassemble.

Nous entendîmes souvent le mot

homosexualité.


Un jour

un vieux mâle dominant

vint pisser

sur un pan de notre procès.


Le sieur Ghraieb

grâce à sa gouroute Merle

accéda quant à lui

aux secrets du tantra

hypnotique et holistique.

Comment jongle-t-il

entre ces subtilités d’Asie

et le Coran ?

On ne l’interrogea pas

à ce sujet.


Chafroud Chokri, lui,

voulait s’endormir

contre son doux Momo.

Il eût ainsi connu

le même sentiment

de chaleur humaine

de réconfort sécurisé

qu’une victime sur la Prom’

blottie contre l’épaule

de Christian Estrosi.

Attention, notre Chokri

n’est pas toujours romantique :

il ne lui déplaît pas

à l’occasion

de déchirer un cul

ainsi qu’il s’en ouvrit

par SMS

à son ami Momo.

C’était le 8 mars 2016

journée internationale des droits des femmes

et mon anniversaire.


Henaj Artan

lui

c’est l’ours

de Prom14.

Le fameux queutard

idéalisé

celui dont la virilité

jamais ne fléchit.

Ses attributs

aussi droits et infaillibles

que ses kalach

font de l’ombre

aux petits mâles normaux.


Arefa dit Ramzi-le-Cash

est-il impuissant ?

Pleure-t-il après l’orgasme ?

Que non !

Quelle idée !

Chaque syllabe de ses propos

nous révéla

combien il jouissait

de la soumission

de ses addicts.

Ramzi possède des esclaves mâles

qui le servent

le transportent,

le soir,

il leur donne

de la bouffe ou de la drogue.

On déduira facilement

qu’avec ses cokées femelles

M. Arefa

dont le temps est précieux

à cause du business

de l’hygiène de vie

s’en tient sans doute

essentiellement

à une rémunération

sexuelle

one-shot

éclair

et bucco-génitale.


Tout ce petit monde sexuel

gravite

autour d’une planète

en double sphère

– deux couilles épilées –

nommée

Louhaiej Bouhlel Mohamed.


Notre clocharde

– ainsi qu’il aime être nommé

par son plus cher ami

se déteste tellement

de vouer cette passion exaltée

au phallus

qu’il en frappe sa femme,

en éventre les peluches

de ses enfants.

Obsédé

de la pénétration en force,

il ira jusqu’à faire substituer

sa trop modeste bite

par un camion de 19 tonnes.


Sœurs et frères victimes,

comment pourrait-on s’en sortir

sexuellement

après avoir été la cible

de ce gars-là ?


Comment se défaire

de cette idée

que la bite brise ?

(Quel mal nous font déjà

les mâles

au quotidien

dévalorisant le pénis

rien qu’en l’envoyant en photo

comme un spam

de marchandise bas de gamme

putain

les mecs

qu’est-ce que vous foutez

sérieux ?)


Sale-man Bouhlel

poussa l’obscénité

de sa douleur

jusqu’à dépouiller à l’extrême

ses victimes.

Il leur infligea

une nudité

dépassant largement

les limites du vêtement.

Il les exhiba

déshabillées

jusqu’à l’os

et l’organe.

Son carnage était aussi

une agression sexuelle.


Ne cédons pas

cependant

à la méchante facilité

de tout mettre

sur le dos de la queue.

La paternité étant masculine,

mon deuil paternel

nécessairement

est

masculin.


Me voici dans l’alcool

la solitude

Je sens un peu

la mort.

Étalonnages déréglés

étalon de même.

Capitulation.

Parfois

l’on tombe amoureux

d’un hyper-court-métrage.

Notre histoire dure

une minute quarante-cinq.

Nous ne nous revoyons jamais.


Suis-je donc la seule

victime de terrorisme en France

a faire publiquement état

de quelque impact

sur l’accès à l’érotisme ?

Ces choses dirait-on

ne sont évoquées

que dans les murmures

des cabinets médicaux

des experts du FGTI

comme si c’était là

des lieux propices.


(La pudeur m’a quitté

analysa Beigbeder

après lecture de 19 tonnes.

Je ne suis pas

complètement d’accord.

Elle a changé de référentiel.

Son ami Garcin

fut le seul à remarquer

la prépondérance du corps.)


Femmes victimes de terrorisme

qui connaissez aussi le trauma sexuel

(hé, arrêtez un peu

je crois pas une seconde

que non)

ce n’est pas que je sois

en train de vous appeler à moi

mais…

Il est dangereux

pour tout autre femme

d’être accueillie dans mes bras

dans mon malheur.

Il est presque de ma responsabilité

de l’en écarter vivement.


Tandis que peut-être

avec un

une

partenaire victime

retrouverait-on

le chemin

de la caresse

grave et sacrée,

guérisseuse de mémoire,

affranchie des pollutions

narcissiques

anciennes

surannées

du paraître

de la performance

de toute qualification

qualitative ?


Et tiens,

si faire l’amour

entre victimes

résolvait les problèmes

depuis 2016

et même carrément

depuis la naissance ?

La croix sexuelle

portée par tout un chacun ?

Tout à coup

rédemption

rachat

miracle

elle a disparu !


Hola survivantes !

De trauma certes

chacun a le sien

mais nous sommes si proches.

À l’instant fatidique

nous partageâmes

la position des planètes

des astres

des Maisons.

Nos corps de concert

subissaient le même stade

des grands cycles de la Lune

et des marées.


Peut-être qu’entre nous

un triste, subtil et pur

battement

passerait

du bout d’un doigt

à la surface d’une autre peau

pour la ressusciter ?


Tenter, oui,

la résurrection mutuelle

de nos corps non morts

ranimer la nature érectile

de chaque poil

un par un

en prenant

le temps qu’il faut.

Trembler.

Soupirer.

Sursauter.


Comme un émerveillement

une première fois

devant

l’intégrité d’une courbe

interactive

sous le baiser

peut-être amoureux

sinon juste tendre

aimant

et par-dessus tout

tellement désireux

jusque dans la pulpe

de sa lèvre

de réparer.

Soi, et elle.

Lui, et moi.


Restaurer le souffle.

Oser à nouveau

le geste d’audace

retrouver la morsure

la texture du melon

chaud-cueilli du champ

gorgé de chair liquide

du sucre et du parfum

vitaux.


Ne plus refaire l’amour

que comme une messe.

Foin de bougies et d’icônes

le nouveau temple de l’amour

n’a plus de forme

la cérémonie peut se tenir

n’importe où.


Ainsi entre soi

survivors,

balayée, la question

d’avoir ou non

à négocier avec

les avis et regards

de nos défunts là-haut

et les images

physiques et abominables

qui leur collent.


Voir soudain ressurgir

les mots et les plaisirs

ce que nous avons frappé tabou

en leurs saints noms.

Interdictions qui

menacent

de surgir

en pleine union :

réminiscence

reviviscence

des corps aimés

ou inconnus

mais morts

sanglants

dépecés

écrasés

laissés comme ça

abandonnés

pillés

piétinés

face contre terre.


Ces spectres, à jamais,

planeront sur nos ébats

comme un plafond lisse

ciel plat de nuages sombres

étendu à l’infini

jusqu’à l’horizon blanc.

L’accouplement

est accompli par terre

il n’a plus d’autre sens

que d'être.

Il se fout de nos humeurs

et de nos volontés.

Il rage.

Gronde.


L’une de vous, l’un de vous,

derniers survivants

moi réadamisé

toi révanescente,

debout nus dans ce décor,

devons-nous vraiment

recréer l’humanité

décimée sur la Prom et ailleurs

par les monstres de l’apocalypse ?

Est-ce vraiment

ce que la situation nous demande ?

Ô Dieu,

est-ce là notre mission

absurde ?

Ton horrible déluge

n’eut-il pour but

que de nous désigner Élus

pour reconstruire l’Amour ?

Ne pouvons-nous pas

plutôt

juste

nous envoyer en l’air

jusqu’à la mort

et clore le chapitre

humanité ?


Nous sommes amants

de nature divine.

Nos fluides ont des superpouvoirs.

Ils font se pâmer

les fées et fardadets

jouir

les Muses et Séraphins.


Bons coups

bons baiseurs

allez tous

vous faire foutre.

Notre orgie de victimes

solennelle

religieuse

est céleste et non avenue.

Elle se tient aux portes

du Walhalla.


(Ce thème

aussi

pour remonter

mon audience

en chute libre.

Il va y en avoir,

des déçus.

"Pute à clic".)



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