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  • Photo du rédacteurThierry Vimal

à PARIS

Dernière mise à jour : 15 nov. 2022

La chronique de ce soir

est dédiée aux victimes

des attentats du 13 novembre.

Elle est quelque peu bavarde

il sera plus approprié

de la publier demain.

Ce soir

silence et recueillement.

Sur vous le salut et la paix.


L’on se plaignit.

L’on s’offusqua :


Comment donc ?

Paris 13 novembre :

tant de bouquins

que Livre-Hebdo doit

nous en sélectionner treize !

De quoi ouvrir

une librairie thématique !


Des films de cinéma

avec affiches dans le métro

et même Dujardin !


Nous, jaloux martyrs de Nice,

d’un autre pays que le vôtre,

d’un autre quartier,

d’une autre sociologie,

plus proches

si j'ai bien compris

des accusés que de la cour,


inéligibles à la qualité de souffrance

d’un Vous n’aurez pas ma haine


quémandant la considération

de la Capitale

de ses victimes

mais surtout

de ses politiques

ses médias…


échangerions-nous notre place ?


Mon cœur balance.

"Qu’est-ce que tu préfères ?"

demanderait Palmade.

"Hein,

qu’est-ce que tu préfères

après avoir vécu un attentat ?


Qu’on t’ignore royalement

parce que c’est trop dur ?

Trop beauf ?


Ou bien qu’on introduise

des caméras

dans toutes tes blessures

parce que c’est trop voisin ?

Trop branché ?

Trop intéressant

sociologiquement ?

Alors,

hein, hein,

qu’est-ce que tu préfères ?"


Ce sont des commentateurs

non pas des survivants

qui intronisèrent

les attentats du 13 novembre 2015

"pires jamais commis en France".


C’était vendeur.

Il est vendeur

de poser des superlatifs.

Le grand public aime

les palmarès.

(Nous ne sommes pas envieux

de ce pires attentats,

Pour Nice

je me suis permis de déposer

le copyright

pour

dégueulasse.

"Attentat le plus dégueulasse

jamais commis en France".)


Et ces bêtises nous encouragent,

mes sœurs de trauma,

mes frères de deuil,

à la concurrence

à la compétition

intestine.

Nous nous efforçons

d’élever le débat

– pas facile.

J’échoue sans cesse

par exemple

à tenter de me convaincre

que non

dans la matrice du peuple de France

(le non corrompu)

la vie de ma Señorita

n'est pas moins importante

que celle

d'une jeune parisienne

de sortie un 13 novembre.

« Et quand bien même,

mon Papounet,

m’assagit-elle depuis ses cieux,

qu’est-ce que ça peut bien nous foutre ?

En plus, la parisienne en question,

c'est ma pote ! »


Certains endeus

n’aiment pas les psychos.

La réciproque commence

à donner des signes

de décomplexion.

Avez-vous aussi

ce phénomène

à Paris ?

Ou êtes-vous si corporate

qu’on imagine ?


Amis quatorziens,

à dénoncer

la rivalité

l'envie

(la cupidité ?)

l’on ne fait sans doute

rien d’autre

que rajouter du mal au mal

– au nôtre,

comme à celui d’autrui.


Amis treizois,

soyez sûrs que dans nos rangs

de victimes de Nice

(Nice 14 juillet 2016

il faut préciser,

car nous aussi

nous avons un parent pauvre :

29 octobre 2020)


soyez sûrs que chez nous

personne ne dit

les-attentats-du-Bataclan.

(Bon, je l'entends parfois

presque jamais.)

Nous savons

exactement

ce que ressentent

les gens des terrasses

et de Saint-Denis.


Cette douloureuse rivalité

si vive chez nous

si inconnue de vous

(sauf peut-être

depuis le 5 septembre

où nous arrivâmes massivement

– six, huit à la fois –

dans cette vaste salle

que l'on n'eût jamais construite

pour nous.

AH ! Foutu ressentiment !

Je reprends :

"dans ce palais solennel

que nous eûmes la chance

de partager".)


Cette douloureuse rivalité

ne possède en vérité

aucune manière de fondement

dans aucune espèce de réalité

subtile.


Hier soir

je suis allé devant le Bataclan

et la Belle Équipe.

Tristesse.

Fleurs, bougies, passants recueillis :

mais si peu !

Je m'attendais à tellement plus !

Une jeune femme me demanda

de l'aider à mettre à disposition

le pack de bougies

qu'elle avait apporté.

Nous, date oblige,

"lieu ouvert" oblige

notre soirée d'anniversaire

est toujours bondée.

De gens venus rendre hommage,

et aussi

de touristes et fêtards

ignorant les faits

à qui il faut demander

de ne pas marcher sur les bougies

et dessins à la craie.


Qu'est-ce que tu préfères,

hein,

qu'est-ce que tu préfères ?


Voir de tes yeux

un camion faucher tes amis

sur une terrasse de café

ou dans la file d’attente

d’un stade

ou d’une salle de concert ?


Voir sous tes yeux

un commando surgir

sur une grande avenue

littorale

et abattre toute ta famille

à l’arme de guerre ?


Est-ce vraiment différent,

sur le plan du deuil ?


Est-ce vraiment différent,

sur le plan de l'impression,

du souvenir,

de la persistance oculaire,

auditive,

olfactive,

gustative

et du toucher ?

Et du sommeil et de la vie futurs ?


Et si, tiens,

je dédiais aussi cette chronique

à ces parents pauvres

de vos attentats

et du nôtre

que sont

nos victimes étrangères ?





808 vues4 commentaires

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4 kommentarer


Gjest
18. nov. 2022

trop vrai hélas.. d’ailleurs ça m’agace tous les jours de ne pas voir de live tweets quotidien comme pour « V13 » ou Charlie Hebdo. Entre autre.

Lik

Gjest
15. nov. 2022

"Pires" ou "dégueulasse", cela n'en demeure pas moins une horreur insupportable qui percute au plus profond les tripes et ébranle l'âme à jamais.

Merci pour vos chroniques si bienfaitrices.

Lik

Gjest
14. nov. 2022

Toujours percutant et au bon endroit. Toujours.

Lik

Gjest
14. nov. 2022

Toujours aussi juste. Merci.

Lik
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